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FERMETURE ANNUELLE DU 30 JUILLET AU 30 AOUT 2010


A la rencontre des manuscrits hébreux

manuscrit hebreux

En partenariat avec le Comité de Paléographie hébraïque (IRHT) et l'Institut Rachi, publication du premier volume de la collection Histoires de Livres. Disponible à la vente à l'Institut Rachi.


Exposition Rachi - Les juifs de Troyes au Moyen Age
Entrée libre aux horaires d'ouverture de l'Institut Rachi.


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Gilbert Dahan - Rachi dans l'exégèse Chrétienne du Moyen Age

En milieu juif, l’importance des commentaires bibliques de Rachi a été vite reconnue : dès le XIIe siècle, son enseignement renouvelle l’exégèse, particulièrement en France du Nord, où ses disciples directs et indirects développent l’apport du maître et affinent sa méthode qui redonne à l’interprétation littérale (peshat) la place qu’elle avait perdue dans l’exégèse midrashique.

Or, au même moment, en ce XIIe siècle qui est une époque d’essor culturel et de mutation de la société occidentale, l’interprétation chrétienne de la Bible connaît elle aussi des transformations majeures : la multiplication des écoles urbaines (attachées notamment aux cathédrales), les premiers contacts avec la science arabe, l’évolution générale de la pensée amènent dans l’exégèse de la Bible des innovations importantes et notamment un désir de fonder l’interprétation sur une compréhension mieux assurée de la «lettre» du texte.

L’une des conséquences est la multiplication des contacts avec les juifs, en des séances consacrées à l’élucidation du texte biblique, tant dans ses aspects grammaticaux et linguistiques que dans la recherche du contexte historique. De la sorte, de nombreuses interprétations juives passent dans les commentaires chrétiens au XIIe siècle, particulièrement ceux des maîtres de Saint-Victor (Hugues, Richard, André) et des écoles parisiennes de la fin du siècle (Pierre le Mangeur, Pierre le Chantre, Etienne Langton).

Même si divers éléments du commentaire de Rachi passent dans ces textes et, surtout, si l’esprit général de l’école française du Nord laisse diverses traces chez les commentateurs chrétiens, le nom de Rachi n’est pas cité au XIIe siècle.

Il semble qu’en milieu chrétien on découvre véritablement son importance autour de la controverse tenue à Paris en 1240, qui est en fait un procès contre le Talmud et la littérature rabbinique : on reproche à ces textes de supplanter la Bible et de contenir divers blasphèmes et erreurs.
Une sélection de passages de Rachi est traduite dans le dossier composé à la suite de cette controverse ; la préface à ces extraits reconnaît en Salomon de Troyes « le plus grand commentateur, selon les juifs, aussi bien de l’ancien Testament que du Talmud » mais c’est une image négative qui en est donnée ; comme pour des textes talmudiques, les extraits traduits de Rachi sont classés en sottises, blasphèmes, erreurs, attaques contre les non-juifs (goyim). Par la suite, en revanche, l’utilisation de Rachi sera plus positive, comme chez le grand hébraïsant et polémiste Raymond Martin.

Le mouvement d’intérêt pour le commentaire biblique de Rachi connaît son apogée avec le franciscain Nicolas de Lyre (début du XVe siècle.) Sa Postille sur toute la Bible devient le commentaire standard et le reste jusqu’au XVIIe siècle ; or chaque page ou presque se réfère à l’interprétation de Rab(bi) Sal(omon), c’est à dire Rachi ; de la sorte, bien des gloses du maître de Troyes deviennent communes dans l’exégèse chrétienne au XIVe et au XVe siècle. Une polémique oppose alors le juif converti, Paul de Burgos, qui reproche à Nicolas de Lyre son utilisation excessive du commentateur juif, au dominicain Mathias Doering, défenseur de Nicolas de Lyre et, par là, de Rachi.

Les grandes éditions de la Bible latine avec commentaires au XVIe et XVIIe siècles comportent la Postille de Nicolas de Lyre et donc de nombreux renvois à Rachi. Au XVIe siècle, avec le renouveau des études hébraïques, plusieurs commentaires de Rachi sont publiés en hébreu et traduits en latin par les hébraïsants chrétiens (Sébastien Munster, Gilbert Génébrard, Charles Estienne, Arnaud Pontac et d’autres encore). Comme au moyen âge on lui demande ce que lui demandent les juifs : des éclaircissements sur le texte de la Bible, des rapprochements qui permettent de mieux comprendre des points d’histoire et de civilisation.

Gilbert Dahan. CNRS, Paris

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